Hier, je suis allé me balader du côté des montagnes valaisannes. Je n'avais pas spécialement de but, sauf peut-être celui de passer le temps en voyant de belles choses, de fuir la canicule, de respirer un bon air frais, de tremper mes pieds dans un torrent glacé, de faire fonctionner mes jambes en laissant ma tête se vider, de voir quelques animaux, de faire de jolies photos et, pourquoi pas ?, d'être heureux. (Oui, du coup, ça faisait quand même quelques objectifs, mais ils n'étaient pas exactement explicités et surtout, je ne savais pas exactement où je voulais aller. Ouais en fait, c'est ça que je voulais dire: je ne m'étais pas fixé d'objectif de destination. Mais qu'importe...)
Un de mes objectifs: voir des trucs pointus plutôt stylés.
Je me promenais donc en gravissant quelques tas de rocailles et j'avais presque atteint la destination que je n'avais pas visée quand j'ai vu voltiger des papillons. Je trouve ces bestioles magnifiques, et en même temps j'avoue que j'en ai peur. C'est velu, ça vole en trajectoires aléatoires et ça dépose une espèce de poudre qui ne me plaît pas spécialement, voire qui me déplaît radicalement.
Bon, tout ça n'est pas palpitant pour le moment... Mais c'est justement là le cœur de l'histoire: je regardais ces papillons et soudain, j'ai vu un papillon, c'est-à-dire que j'ai compris que ce que je regardais était en fait un vrai miracle. Dans un univers immense composé principalement de matière noire et parsemé d'étoiles qui pètent en terribles explosions nucléaires, quelques atomes éjectés se sont rassemblés et ont formé un petit caillou partiellement recouvert d'eau. Puis la vie a colonisé la boulette et a bricolé tant et si bien qu'une créature qui débute sa vie comme larve puis chenille pour ensuite s'enfermer dans un machin qu'elle a fabriqué elle même dans lequelle elle se métamorphose en machin velu, coloré, capable de voler, de respirer et de manger le nectar de fleurs. C'est vraiment dingue. Si fragile, si bizarre, si incertaine, cette forme de vie existe, se perpétue année après année et je peux la regarder (en maintenant si possible une distance de sécurité, on ne sait jamais...). Ah ça, c'est quand même trop géant comme invention.
(On dirait un peu un ananas, la fleur sous le papillon bleu velu, non?)
J'ai alors simplement pris conscience que je vivais dans un univers incroyablement bizarre, objectivement merveilleux et infiniment étonnant. Je le savais déjà mais c'est toujours chouette de renouveler encore et encore cette prise de conscience en étant saisi par ce sentiment de profond émerveillement: sur cette minuscule boulette qui tourne autour d'une étoile perdue en périphérie d'une voie lactée elle-même une parmi d'autres dans un amas de galaxies, les papillons existent et je les ai vus.
Cohabitation de différents êtres vivants chelous: des papillons, un bourdon, une fleur, et qui sait quoi d'autres encore?


